Actualités
1. Bilan du 25 novembre – Journée mondiale de lutte contre les violences
L’édition 2009 de la Journée nationale de mobilisation et de lutte pour l’éradication des violences faites aux femmes, programmée le 25 novembre, fut l’occasion, pour le gouvernement, de déclarer la lutte contre les violences faites aux femmes cause nationale pour 2010.
Cette annonce intervient un an jour pour jour après la visite du Collectif national pour les Droits des Femmes à l’Assemblée et le dépôt d’une pétition appelant à une loi-cadre sur ces violences. Si ladite pétition n’eut pas l’effet escompté par ses 60 000 signataires, elle aboutit à la création d’une mission d’information consacrée aux violences faites aux femmes, qui est en passe de déboucher sur un vaste projet de loi.
Une série de mesures destinées a d’ores et déjà été annoncée, notamment :
• en matière pénale, la création d'un délit de violence psychologique
• en matière civile, la création future d’un "régime juridique de référé-protection" afin de protéger dans l'urgence certaines victimes avant même que celles-ci n'aient décidé de porter plainte.
• la possibilité d’éloigner les concubins et pacsés violents, et plus seulement les maris
• l'expérimentation du bracelet électronique pour éloigner les conjoints violents.
"Le gouvernement est également prêt à examiner" la création d'un délit de mariage forcé, a-t-il aussi précisé.
Près de 160 femmes sont mortes en 2008 sous les coups de leur compagnon tandis que près de 700.000 ont été victimes de violences en deux ans.
__2. Egalité femmes-hommes
2.1. Bientôt un bonus-malus pour l'égalité professionnelle hommes-femmes ?__
Le ministre du Travail Xavier Darcos va élaborer une loi en 2010 pour parvenir à l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Le ministre du Travail Xavier Darcos a estimé mardi que la situation actuelle, en termes notamment d'écarts de rémunération entre les hommes et les femmes, était "inacceptable". "Quand on discute avec nos partenaires étrangers, et qu'on leur montre nos chiffres, on finit par avoir honte", a-t-il déclaré devant l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis). "Mon calendrier, c'est de faire une loi en 2010", a-t-il indiqué, ajoutant que le but était "de supprimer les écarts" de rémunération et de représentation des femmes au sein des entreprises "au 31 décembre 2010". M. Darcos a ajouté qu'il réunirait "avant la fin du mois" la commission nationale de la négociation collective pour que les partenaires sociaux engagent une négociation sur le sujet.
M. Darcos n'a pas exclu à terme la création "d'un système de bonus-malus" pour les entreprises. "En attendant, je crois beaucoup à la transparence et peut-être, avant le bonus-malus, je proposerai qu'on fasse un système de transparence et de publication des résultats" des entreprises. Le ministre a par ailleurs estimé qu'"un quota uniforme dans les entreprises" n'était "peut-être pas la bonne solution" pour assurer une meilleure représentation des femmes. "On ne va pas exiger que dans des métiers de force il y ait autant d'hommes que de femmes", a-t-il expliqué, jugeant qu'il fallait arriver "à une structure des carrières et une représentation de l'égalité hommes-femmes qui soit à due proportion par rapport à la structure des entreprises elles-mêmes".
Cette proposition opère une confusion et un glissement, depuis le débat sur la rémunération vers le débat sur la présence des femmes dans les instances dirigeantes, d’autant que les quotas devraient être établis en fonction de la présence actuelle. Cette idée va dans le sens d’une argumentation en plein essor, qui justifie l’entrée des femmes à des postes dirigeants par la plus grande efficacité des entreprises qui comptent une ou plusieurs femmes dans leur conseil d’administration.
2.2. Une enquête montre qu'une naissance accroît les inégalités entre hommes et femmes
Arnaud Régnier-Loilier, démographe à l'Institut national d'études démographiques (INED) et spécialiste de la famille.
" L'arrivée d'un enfant accentue le déséquilibre du partage des tâches domestiques entre hommes et femmes, écrit-il dans le bulletin de l'INED Population & Sociétés. Ce sont elles qui s'éloignent du marché de l'emploi, elles aussi qui prennent davantage en charge les tâches domestiques. "
Arnaud Régnier-Loilier s'est appuyé sur une enquête internationale qui a permis, en France, d'interroger plus de 2 000 couples. Hommes et femmes ont été invités à deux reprises, en 2005 et 2008, à mesurer leur participation à sept tâches ménagères : la préparation des repas, la vaisselle, les courses alimentaires, le repassage, l'aspirateur, la tenue des comptes et l'organisation de la vie sociale de la famille. Parmi les couples interrogés, un quart a eu un enfant entre les deux enquêtes.
Ce travail montre, qu'aujourd'hui comme hier, les femmes assument l'essentiel des tâches domestiques. Parmi celles de 20 à 49 ans vivant en couple, 80 % s'occupent toujours ou le plus souvent du repassage et 70 % de la préparation quotidienne des repas. La tâche la moins mal partagée au sein du couple est la gestion de la vie sociale - invitations chez des amis, préparation des vacances, relations avec la famille -, mais même là les femmes s'impliquent nettement plus que les hommes.
Trois ans après ces résultats, une seconde vague d'entretiens a permis de mesurer si l'arrivée d'un enfant bouleversait la règle du jeu. La réponse est oui, mais pas dans le sens de l'égalité. " Une naissance accentue le déséquilibre du partage des tâches entre conjoints, constate M. Régnier-Loilier. Il devient particulièrement prononcé chez les couples ayant déjà un ou plusieurs enfants au premier entretien et qui se retrouvent avec un enfant supplémentaire de moins de 3 ans. "
La dissymétrie se creuse pour la plupart des tâches domestiques : préparation des repas, courses alimentaires, passage de l'aspirateur ou tenue des comptes. Chez les couples qui n'ont pas eu de nouvel enfant, le partage des repas n'a ainsi pas bougé d'un pouce en trois ans. Chez ceux qui ont accueilli un bébé, le déséquilibre s'est accentué : la proportion de femmes s'occupant de la cuisine est passée de 51 % à 58 % lorsque le bébé est le premier enfant du couple, de 72 % à 77 % lorsqu'il a été précédé de frères ou soeurs.
Ces inégalités sont liées au décrochage professionnel des femmes. A la naissance d'un enfant, nombre d'entre elles délaissent le marché du travail : 25 % des femmes qui ont accouché d'un premier bébé entre 2005 et 2008 ont cessé ou réduit leur activité, 32 % parmi celles qui ont eu un enfant supplémentaire. Envie de profiter d'un moment privilégié, souci de se conformer aux modèles sociaux, nécessité d'avoir du temps pour absorber le surcroît de travail domestique : tout se mêle pour éloigner les femmes du marché du travail.
Qu'il ait été désiré ou contraint, ce choix finit cependant par les confiner dans le rôle traditionnel de la femme au foyer et accentue encore le déséquilibre au sein du couple. " Le changement de situation professionnelle de la femme explique une bonne partie de l'évolution de l'organisation ménagère, souligne le démographe. Si elle a réduit ou cessé son activité, elle prend en charge plus souvent les tâches les plus quotidiennes (repas, vaisselle). "
Ce bouleversement des équilibres qui régissent le couple au quotidien ne se fait pas de gaieté de coeur : les femmes qui assurent presque toute l'organisation ménagère sont celles qui se disent le moins satisfaites de leur vie familiale. Et leur amertume croît avec le nombre d'enfants : 50 % des mères d'au moins trois enfants déclarent des taux d'insatisfaction élevés, contre 40 % des mères de deux enfants et 30 % des femmes sans enfants. Les hommes, en revanche, ne semblent pas mécontents de la situation : le nombre d'enfants, qui n'influe en rien sur leur taux d'activité, ne pèse aucunement sur leur degré de satisfaction.
Selon M. Régnier-Loilier, l'insatisfaction des femmes est liée au creusement du déséquilibre dans la répartition des tâches. " L'arrivée d'un enfant s'accompagne de tâches supplémentaires, parentales notamment, le plus souvent assumées par les femmes, écrit-il. Ajoutée à la dégradation de la répartition des tâches ménagères, cela pourrait rendre compte de l'insatisfaction plus forte des femmes ayant eu un enfant. (...) Malgré l'idéal d'égalité, la répartition des tâches au sein du couple reste fortement déséquilibrée. "
__3. Contraception
3.1. Pass contraception en région__
Se présentant sous la forme de chèques contraception, le Pass’ introduit par la région Poitou-Charentes dans plus de 90 lycées doit faciliter l’accès des jeunes femmes aux médecins et gynécologues, ainsi qu’aux différents moyens de contraception. Ce dispositif, centré autour de l’infirmière scolaire, participe de la prévention des grossesses précoces.
Pour Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Mouvement français pour le Planning Familial :"Ce dispositif s'inscrit dans une "logique de prévention" qui permettra un meilleur maillage du territoire. Le "Pass contraception" proposé par la région Poitou-Charentes n'est rien d'autre qu'un bout de papier qui donne accès, entre autres, à une prescription médicale ! L'objectif est d'éviter que des jeunes se retrouvent avec des grossesses non désirées. C'est une bonne chose de donner aux mineures un meilleur accès à l'information en la matière. On est dans une logique de prévention.
Il y a tout de même un détail qui nous chiffonne dans le dispositif. Les informations que nous avons eues montrent que le "Pass contraception" permettra de délivrer uniquement des contraceptifs oraux – pour faire court : la pilule. On sait très bien que la meilleure contraception, c'est celle que l'on choisit, celle qui correspond le mieux à ses envies, à ce que l'on est, à ce que l'on vit. La pilule n'est pas forcément adaptée à toutes les jeunes filles. C'est pourquoi nous aurions préféré un chèque qui donne aussi accès aux préservatifs et à tous les autres modes de contraception. Ce dispositif sera probablement intéressant pour ceux qui vivent en milieu rural. D'autres structures que le Planning familial proposent d'ores et déjà un accès à la contraception. Mais le maillage est par endroit insuffisant et il semble que ce dispositif ait été conçu pour pallier ce manque. De ce point de vue-là, tout ce qui permettra un meilleur accès des jeunes – et des filles en particulier – aux structures prescriptrices doit être mis en place."
A la suite des remontrances du ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, le rectorat a suspendu le programme Pass’Contraception pour cause d’insécurité juridique, confiant la garde des carnets aux directeurs d’établissement. Les infirmières scolaires ne sont pas autorisées à conserver ou distribuer des deniers publics.
3.2. Droit à l'avortement : les associations sont de plus en plus inquiètes
Environ 200 000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont pratiquées chaque année en France. Mais, selon les associations pour le droit à l’avortement, effectuer une IVG s’avère aujourd’hui de plus en plus difficile. Chaque année, et malgré l’extension du délai de praticabilité de l’IVG, plus de 5 000 Françaises ou résidentes partent avorter à l’étranger, les centres souffrant d’encombrements. Pour rappel aussi, dans un cas sur trois, l’IVG concerne une femme qui pratique une contraception stable ; il est donc vain de prétendre évaluer l’échec de la prévention des grossesses non désirées par voie de contraception à l’aune du nombre d’avortements pratiqués.
Entre 1999 et 2005, 50 sites dédiés aux IVG ont fermé leurs portes en région parisienne, dont 14 à Paris. Depuis le printemps, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP) a fermé trois de ses centres IVG, ceux de l’hôpital Tenon et de Broussais à Paris, et celui de Jean-Rostand à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). L’APHP envisage également de fermer celui de l’hôpital Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis), mais assure que ces structures devraient être transférées dans d’autres établissements. « A Bordeaux ou Nantes, des centres sont aussi obligés de réduire leur activité du fait de restructurations ou de manque de personnel », souligne Marie-Laure Brival, de l’association nationale des centres d’interruption de grossesse et de contraception (Ancic).
De moins en moins d’avortements dans les cliniques. Cette pratique n’est pas jugée « rentable » par les établissements privés, qui rechignent à accueillir les femmes en demande. Or, en Ile-de-France, contrairement à la province où les IVG se font principalement à l’hôpital, la moitié des femmes se font avorter dans le privé. Un secteur qui, comme s’en indigne la Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception, « ne respecte pas toujours les tarifs réglementaires et refuse parfois de prendre en charge les mineures ou les étrangères sans papiers ». « Les médecins n’ont jamais considéré que l’IVG était un acte médical. Du coup, ce sont les premières interventions touchées en cas de coupe franche, déplore Marie-Laure Brival. Une femme ne devrait pas avoir à faire des kilomètres pour avorter, mais du fait des regroupements de centres, il est de plus en plus dur de pratiquer une IVG près de chez soi. »
Des délais d’attente de plus en plus longs. Il faut actuellement attendre deux à trois semaines pour avorter en Ile-de-France, alors que la Haute Autorité de santé recommande une prise en charge sous cinq jours. Les fermetures et fusions de services font craindre aux associations un risque d’allongement des délais de recours à l’IVG dans les mois qui viennent et une complication des démarches et de l’accueil des femmes.
4. La réforme territoriale : «Il y aura proportionnellement moins de femmes élues»
La sénatrice (PS) Michèle André, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat, dénonce le mode de scrutin des futurs conseillers territoriaux, craignant une régression de la parité homme-femmes. Alors que le Sénat commence, ce mardi, l’examen du premier texte sur la réforme territoriale, qui porte sur le raccourcissement des mandats des conseillers généraux et régionaux, Michèle André s’inquiète du mode de scrutin des conseillers territoriaux qui les remplaceront. Selon la présidente (PS) de la délégation aux droits des femmes du Sénat, le système choisi par le gouvernement risque de «défavoriser très largement la parité hommes-femmes». Et les promesses du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, qui s’est dit «ouvert à toute proposition» pour «sécuriser» la parité, ou du secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, qui plaide pour des «sanctions financières conséquentes», n’ont pas suffi à la rassurer. Les conseillers territoriaux qui doivent remplacer les conseillers généraux et régionaux seraient élus, pour 80% d’entre eux, au scrutin uninominal à un seul tour et, pour les 20% restants, à la proportionnelle. Dès le départ, les trois délégations aux droits des femmes - à l’Assemblée nationale, au Sénat et au Conseil économique et social - ont fait savoir que ce mode de scrutin, inconnu en France, allait très largement défavoriser la parité hommes-femmes. On revient à une élection dans des cantons, où l’on retrouve souvent des candidats déjà en place, c’est-à-dire... des hommes. C’est le cas pour l’élection des conseillers généraux qui comptent seulement 12% de femmes. En revanche, les conseillers régionaux, élus à la proportionnelle, sont à 48% des femmes. Un système de pénalité a déjà été mis en place pour les élections législatives. Or, ces sanctions financières semblent laisser indifférents les principaux partis. Le passage au scrutin uninominal promet de ramener les assemblées locales au niveau de l’assemblée nationale, qui compte à peine 18% de femmes, soit moins qu’en 1946. Les petits partis ont moins de difficultés à présenter des femmes, probablement parce qu’ils ont, de toutes façons, peu de sièges.
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5. Parentalité__
5.1. L'accouchement sous X permet d'éviter des drames familiaux
Danielle Gaudry, gynécologue et membre du bureau confédéral du Planning Familial, dénonce une décision de justice remet en cause le principe de l'accouchement sous X : "La décision du tribunal ouvre une brèche pour la jurisprudence. Aujourd'hui, ce sont les grands-parents qui demandent la garde, demain ce sera le géniteur, le frère, les beaux-parents... Avec cette décision, le tribunal a fait fi du choix de la mère qui voulait accoucher sous X. Le fait que l'Etat ne fasse pas appel de cette décision signifie implicitement qu'il l'approuve. Les femmes doivent pouvoir décider si elles veulent ou non accoucher dans l'anonymat. Nous avons toujours défendu l'accouchement sous X et nous continuerons de le faire. Les femmes qui prennent cette décision le font car elles n'ont pas d'autres choix. Nous voyons beaucoup de jeunes filles qui ont subi des violences comme l'inceste ou le viol, qui sont très jeunes ou seules et pour qui, garder l'enfant, est absolument impensable. L'accouchement sous X permet d'éviter des drames familiaux comme le suicide ou même l'infanticide. Cette mesure est la seule solution pour que ces enfants naissent dans de bonnes conditions. Remettre en question cette loi risque de mettre en danger la mère et l'enfant. L'accouchement sous X offre aux femmes qui ne peuvent -ou ne veulent- avoir recours à l'IVG la possibilité d'avoir un vrai suivi médical et psychologique. Or, si elles ont peur de ne pas pouvoir accoucher dans l'anonymat, elles risquent de ne pas se faire suivre tout au long de leur grossesse et d'accoucher dans de mauvaises conditions... Mettre fin à l'accouchement sous X peut également provoquer une recrudescence des abandons d'enfants –ce qui est interdit en France. Abandonner un enfant et le confier à l'Etat est une démarche tout à fait différente et qui peut avoir un impact important sur le développement des enfants. L'accouchement sous X doit rester un droit.
5.2. Mères porteuses en toutes légalités
Des médecins et juristes venus de pays autorisant la gestation pour autrui ont évoqué leur expérience devant des couples français. Beaucoup sont venus en couple. Dans le public, leurs mains s’étreignent. Avides d’informations, parfois de réconfort. Ce sont des couples dont le désir d’enfant ne prend pas le même chemin que pour la majorité des gens. Car ces femmes ne peuvent pas porter de bébé suite à un cancer précoce, une malformation génitale, ou une exposition in utero au Distilbène (médicament prescrit aux femmes enceintes interdit en 1977)… Certaines n’ont plus d’utérus. Les voilà privées de grossesse. Pour ces couples, la gestation pour autrui (GPA), interdite en France, est une réponse médicale à leur infertilité, et un espoir. Ce samedi, ces hommes et femmes étaient à une rencontre organisée par l’association Clara (Comité de soutien pour la légalisation de la GPA et l’aide à la reproduction assistée), fondée par Sylvie et Dominique Mennesson, un couple de Français qui, pour avoir eu des jumelles grâce à une mère porteuse américaine en 2000, dans un cadre légal, ont été poursuivis par la justice française. Le colloque se tenait à la mairie du XIe arrondissement de Paris, avec la bénédiction du maire, Patrick Bloche, et de Serge Blisko. Les deux députés socialistes ont promis de porter à l’Assemblée une demande de «régulation» de la GPA, pour «adapter la loi à la réalité de la société». Dans des dizaines de pays (dont l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Brésil, la Corée du Sud, l’Iran, le Danemark, la Géorgie, les Pays-Bas, la Roumanie, la Russie, l’Ukraine, l’Australie), cette pratique est déjà autorisée et encadrée. Médecins et juristes, sont venus du monde entier pour en parler.
Gestation pour Autrui
Invité, Jean-Michel Clément, président de la commission « Parentalités » d’Homosexualité et Socialisme, et rédacteur de la contribution d’HES aux Etats généraux de la bioéthique.
Etat du Droit et contexte : Le juge français ne reconnaît aucune forme de gestation pour autrui, qu’il s’agisse de mères porteuses, ou de simples gestatrices, qui portent un enfant conçu à partir des gamètes d’autrui. L’arrêt rendu en 1991 par la Cour de Cassation dans l’affaire Alma Mater s’est vu confirmer dans la loi de bioéthique de1994. La gestation pour autrui est déclarée nulle, la porteuse pouvant seule être considérée comme la mère de l’enfant ; elle encourt de surcroît des poursuites pour trouble à l’ordre public.
Cependant, depuis 1994, des pays aussi divers qu’Israël, le Canada ou le Royaume Uni, ayant dépénalisé ou encadré la gestation pour autrui, des couples infertiles pratiquent l’exil procréatif. Pour ne citer que les extrêmes, deux tendances se dégagent dans la manière d’opérer cette gestation pour autrui :
- En Inde ou en Ukraine, elle s’inscrit dans un rapport marchand, la gestatrice étant rémunérée et anonyme.
- Aux Etats-Unis, Canada ou en Israël, le dispositif incite à la création d’un lien particulier de couple à couple. C’est un rapport non marchand, sans véritable rémunération de la gestatrice.
L’exil procréatif ne pouvait se développer sans conséquences en France. En octobre 2007, la Cour d’appel de Paris autorise la transcription des actes d’état civil d’un enfant né en Californie sous une Convention de maternité pour autrui. Le 17 décembre 2008, la Cour de Cassation annule cette décision.
Pour autant, la question, ignorée par la révision de la loi de bioéthique en 2004, revient sur le devant de la scène. Un groupe de travail sénatorial émet un rapport favorable à une gestation pour autrui, posant comme condition un encadrement strict de la procédure.
La réflexion portée par Homosexualités et Socialisme (HES) s’inscrit dans ce contexte, et participe aux Etats généraux de la bioéthique qui doivent préparer une nouvelle révision de la loi en 2010. Publiée en avril 2009, cette prise de position voit le jour après 18 mois d’auditions. De manière plus générale, elle s’inscrit en cohérence avec la démarche d’HES, pour la reconnaissance de l’homoparentalité, et des « nouvelles familles », démarche qui implique redéfinition de l’autorité parentale et distinction entre engendrement et filiation.
Le débat n’en reste pas moins complexe, soulevant bien des inquiétudes. La première, une question qui semble revenir sur toutes les lèvres, concerne l’objectivation de la femme, réduite à un ventre, ce que la gestation pour autrui favorise, et implique très certainement dans le cadre d’un rapport marchand.
1ère question : les motivations de la gestatrice.
A cette inquiétude, nous pouvons opposer les études réalisées par des chercheurs français ou étrangers dans les pays qui l’autorisent et encadrent.
Desdites études, il ressort que les gestatrices perçoivent leur rôle de manière positive, comme faisant le bien en aidant à la création d’une famille. Il est étonnant que cette motivation, ce désir de faire le bien, soit retenue par les pouvoirs publics, aussi sont-elles soumises à examens psychologiques pour obtenir un agrément, et le nombre d’actes est limité (proposition d’HES : deux GPA au plus).
2ème question : vulnérabilité des gestatrices
Les mêmes recherches observent que l’écrasante majorité des femmes gestatrices travaille à des postes relativement bien rémunérés, dans des professions qui les mettent en contact avec la société. Cela étant, puisque l’on sait les risques encourus par les femmes au cours de leur grossesse, les seules volontaires retenues doivent déjà avoir vécu une grossesse sans difficulté. Par ailleurs, l’on connaît les incidences de l’enfantement sur la vie professionnelle d’une femme ; un dédommagement doit être envisagé, peut-être sur le modèle du don d’ovocytes, via la branche famille de la Sécurité sociale, ou à la façon des Britanniques, pour une somme à fixer par le juge dans une fourchette allant de 8 000 à 16 000 euros.
3ème question : statut de la gestatrice
Cette question amène à définir notre conception de la maternité, entre une maternité utérine (la mère est celle qui accouche), biologique (génétique) ou sociale (c’est un processus psychique qui conduit à se sentir parent). Les milieux féministes se partagent sur le sujet. Il n’en reste pas moins que, dans le cadre de la seule gestation pour autrui, où la gestatrice ne donne pas d’ovocyte, les droits parentaux iraient aux seuls parents d’intention, la gestatrice renonçant à tous les droits sur l’enfant qu’elle aura porté. Une relation peut se nouer, celle de « la personne en plus », dans le cadre d’une « pluriparentalité » mais ne saurait revêtir un caractère obligatoire. Sur le plan juridique, cela reviendrait à adapter le modèle de l’adoption aux particularités de la gestation pour autrui.
4ème question : conséquences sur les enfants
Les enfants nés de gestation pour autrui semblent évoluer à l’instar des autres. Les seules remarques, là encore, se dessine un lien avec l’adoption. En effet, s’il apparaît profitable à l’enfant de lui dire la vérité sur son mode de naissance, les parents, de leur côté, cèdent à la tentation, surinvestissant l’enfant tant attendu.
Il est proposé que les futurs parents, quant à eux, fassent état d’un projet cohérent, sur le modèle du projet parental réclamé par l’adoption.
En définitive, aucune conséquence néfaste n’étant à relever pour peu que la gestation pour autrui soit encadrée, il s’agit, selon le mot de Jean-Michel Clément, d’un « crime sans victime », situation paradoxale qui appelle, davantage qu’une dépénalisation, une autorisation et un dispositif.
Néanmoins, des résistances demeurent. Si la contribution d’Homosexualités et Socialisme peut convaincre, rien ne relie l’introduction de la gestation pour autrui à la reconnaissance de l’homoparentalité. De plus, si les conséquences négatives sont nulles, et leur pendant positif considérable pour les couples en souffrance, l’autorisation de la gestation pour autrui semble marquer un pas supplémentaire en direction du droit à l’enfant. En effet, c’est la nature seule qui rendait ce droit illusoire, la science permet de contourner la nature et de rejeter la frustration. Nous pouvons toujours considérer que l’encadrement permet d’éviter d’inscrire dans les textes un droit à l’enfant, dans les faits, ce serait l’établir.